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Recherches en ostéopathie: ça gargouille encore?

Accès abonnésL’objectivation de l’effet des techniques et des traitements est un axe de recherche important en ostéopathie. Une équipe a tenté de mesurer l’effet sur l’activité myo-électrique de l’estomac d’un traitement ostéopathique défini à l’avance.

Dans le numéro 29, nous avions consacré un dossier sur cette thématique. Si des effets intéressants avait été noté, il reste encore beaucoup à faire. Il apparaissait aussi, lors des journées de SCO Vaud en 2016, que l’objectivation par la mesure de l’activité électrique était un moyen prometteur pour mesurer l’effet de l’ostéopathie viscérale. Cette nouvelle pré-étude publiée en octobre 2018 montre [groups_member group=”Abonné”] que la mesure est possible et confirme son intérêt pour la recherche. Avant d’aborder les résultats obtenus, revenons rapidement sur l’activité électrique de l’estomac et sur sa mesure par EGG.

Petits rappels

Principe de fonctionnement:

L’estomac est divisé fonctionnellement en deux parties au niveau électrique [1] :

  • Le segment proximal qui montre une activité électrique soutenue et non-phasique,
  • Le segment distal qui a une activité électrique phasique régulée par un pacemaker stomacale qui génère des ondes lentes électriques (environ 3 par minutes).

L’allure de la mesure dépend de la méthode choisie pour l’enregistrement. Toutefois, nous ne détaillerons que la méthode extra cellulaire. Ainsi, dans cette dernière, l’onde est d’allure triphasique. Lors de stimuli suffisants, il se produit un potentiel d’action qui donne une déflexion plus importante que le segment isopotentiel habituel dans les ondes lentes. La force de la contraction est directement liée à la durée et l’amplitude du plateau potentiel.

L’ensemble des informations est résumé dans la figure 1.

Figure EGG-2

Figure 1. Fonctionnement myoélectrique de l’estomac (d’après Koch, 2004).

La magnitude de la contraction est amplifiée par l’Acétylcholine ou la pentagastrine. En revanche, elle est diminuée par des agents inhibiteurs comme la prostaglandine E2 ou norépinephrine.

Pathologie:

Il est possible de mettre en évidence plusieurs anomalies dans cette activité myoélectrique :

  • Bradygastrie(moins de 2 cycles/min): Les ondes lentes sont plus lentes que physiologiquement. Elle fait suite à une activité électrique simultanée dans le corps et l’antrum de l’estomac. Les ondes de ce dernier sont habituellement antérogrades.
  • Tachygastrie(plus de 4 cycles/min mais moins de 9 cycles/min): Les ondes lentes sont plus fréquentes que physiologiquement. Elle est souvent causée par un foyer dans l’antrum distal de l’estomac. Ce dernier va produire des ondes lentes rétrogrades. Cela contrarie le fonctionnement antérograde physiologique. On note une pause sur les relevés extracellulaires.
  • Arythmie : Comme son nom l’indique, les ondes ne suivent plus de rythmes précis.

On retrouve fréquemment ces anomalies lors de certaines pathologies comme la dyspepsie, les ulcères gastriques, les gastroparésies, les adénocarcinomes gastriques mais aussi chez des patients asymptomatiques ou en post-opératoire.

Limites:

Enfin, ces mesures externes par le biais d’électrodes à la manière d’un ECG ne sont pas exemptes d’artefacts (due à la respiration) et d’erreur de mesure [2]. Il faut comprendre que cet outil sert surtout à vérifier les ondes lentes de l’estomac . En effet, il ne permet pas de manière sûre de mesurer les contractions gastriques et l’état de la vidange gastrique.

L’étude en bref

Le protocole

Revenons maintenant à l’étude publiée par Edward Shadiack et ses collègues [3], le but est de réaliser un pré-étude clinique afin de mieux comprendre les résultats précédents disponibles dans la littérature (un cas clinique de Van Ravenswaay dans le JAOA et une étude rétrospective de Crow et Wills). Cette étude porte donc sur un échantillon de 17 sujets asymptomatiques « sains » dont 7 sont exclus en raison de mesures anormales (>50% de puissance au-delà de 18 cycles par minutes – CPM) et 1 en raison d’une toux persistante lors de l’ingestion d’eau après le traitement ostéopathique (ce qui fausse les mesures).

Ainsi, les patients sont vus à 24h d’intervalles. Une première série de mesures est réalisée pour avoir les données avant traitement. Puis, il y en aura une seconde après avoir un reçu un traitement standardisé :

  • Décompression sous-occipital,
  • Traitements des angles de côtes -inhibition ou rythmique-,
  • Relâchement de la ligne blanche abdominale,
  • Technique sur les ganglions cœliaques, mésentérique supérieur, mésentérique inférieur.

Les praticiens doivent se positionner au même endroit et passer le même temps lors des deux visites à 24h d’intervalle. Il est aussi mesuré l’effet du traitement sur l’activité de l’estomac lors de l’ingestion de 500 ml d’eau purifiée à 16°C pendant 5 minutes. Cela représente 50ml en 2-3 secondes toutes les 30 secondes.

Résultat:

Le traitement n’a pas d’effet significatif quelque soit le moment (post traitement ou après ingestion d’eau) sur les valeurs de PPN (Puissance dans l’intervalle neuro-gastrique). Il montre en revanche des résultats significatifs sur les valeurs absolues de variation du PPN ainsi que sur les valeurs de fréquence dominante.

Malheureusement, plusieurs biais viennent entacher ce protocole ce qui doit faire prendre ces résultats avec beaucoup de précaution. Le principal est qu’il n’y a pas de Sham-OMT ou mesure placebo (24h avant ou après les mesures OMT, par exemple). En effet, cela ne permet pas d’exclure que l’effet mesuré soit non spécifique à la technique (et donc plus lié au décorum associé au traitement ostéopathique). Les autres risques de biais sont dus à l’absence de description plus précise du protocole qui se doit d’être rigoureux [2]. Par exemple, seules 10 minutes d’enregistrements sont utilisées sur les 50 minutes pour effectuer les calculs. Or, il est recommandé d’en utiliser 30 minutes pour avoir des mesures fiables. Cela est notamment indiqué pour le test d’ingestion d’eau [4] comme illustré sur la figure 2.

water load test

Figure 2. Principe des mesures EEG dans un test d’ingestion d’eau (D’après Koch, 2004).

La préparation de la peau pour les mesures, de même que les conditions de la mesure (température de la pièce, éclairage) ne sont pas précisées alors qu’elles peuvent potentiellement altérer les résultats [5]. Le sujet ne doit pas somnoler et les temps de mouvement du patient doivent être notés pour les éliminer des tracés. Or, il n’est pas fait mention de cette vérification. De même, l’utilisation de deux électrodes limite les possibilités d’interprétation du couplage et de la propagation des ondes au sein de l’estomac. Enfin, les données chiffrées des patients retenus ne sont pas disponibles en détail (exit donc la vérification des résultats de l’étude).

À l’avenir

En résumé, cette pré-étude a montré la pertinence et la faisabilité de cette recherche. Malheureusement, dans le protocole, comme dans la rédaction de l’article final, il existe trop de risque de biais. De fait, il n’est pas possible d’en tirer la moindre conclusion préliminaire. Il apparait donc nécessaire de poursuivre avec cet outil, tout en améliorant la qualité des protocoles et de leur description.

Source

[1] Kim CH, Malagelada J-R., Electrical activity of the stomach, Mayo Clin Proc, 1986, 61: 205-210.

[2] Yin J, Chen JDZ, Electrogastrography: methodology, validation and applications, J Neurogastroenterol Motil, 2013 19(1): 5-17.

[3] Shadiack E, et coll., Osteopathic Manipulative treatment alters gastric myoelectric activity in healthy subjects, Journal of alternative and complementary medicine, 2018.

[4] Koch KL, Handbook of electrogastrography, Oxford University Press, 2004.

[5] Jin X, et coll., The Influence of Taste Stimuli and Illumination on Electrogastrogram Measurements, J Physiol Anthropol, 2007, 26(2):191-5.

[/groups_member] [groups_non_member group=”Abonné”]

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