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Polémique autour de l’ostéopathie pédiatrique

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Suite au reportage de la maison des maternelles sur l’intervention d’ostéopathes à l’hôpital en février dernier, beaucoup de professionnels ont réagi, entrainant tout un ensemble de communiqués de divers organismes professionnels. Pour ceux qui aurait manqué l’information, faisons un bref récapitulatif de la situation.

 


Le point de départ

Tout est parti de ce reportage du 7 février dernier:

En plateau, Catherine Rybus était présente pour parler de la pratique et de ses indications. L’émission a été plutôt partagé sur les réseaux sociaux (6088 partages Facebook) et la vidéo sur youtube affiche environ 55000 vues. Pour rappel, l’intervention des ostéopathes à l’hôpital de Grasse avait déjà fait l’objet d’un article dans Nice-Matin en 2018.


Des premiers retours négatifs

Dès lors, de nombreuses réactions ne se sont pas faites attendre sur les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook. Un certain nombre provient de professionnels de santé (médecins et masseur-kinésithérapeutes).

https://twitter.com/vincenthodo/status/1093965476240257025

 

Un mois plus tard, France Info sort un article sur le sujet tentant de synthétiser les inquiétudes suite à la diffusion du reportage et intitulé: “Dangereuse, efficace, sans effet ? L’ostéopathie sur les nourrissons, une pratique qui divise“. Celui-ci recueille, entre autres, les avis de Dominique Blanc, président de l’UFOF mais aussi de Pascale Mathieu, présidente du CNOMK, tout en faisant un point de la législation encadrant la pratique de l’ostéopathie pour les nourrissons.

 


Les ostéopathes réagissent

C’est avant tout cet article qui a fait réagir plusieurs organismes et institutions en ostéopathie comme la SEROPP :

A la SEROPP, nous venons d’être alertés par plusieurs de nos membres au sujet d’un article, publié le 9 mars 2019, sur le site de franceinfo intitulé :
« Dangereuse, efficace, sans effet ? L’ostéopathie sur les nourrissons, une pratique qui divise ». L’article de franceinfo, largement repris et diffusé par les réseaux sociaux, faisait lui-même suite à la diffusion, sur France 5 en février, d’un reportage dans l’émission « La Maison des maternelles », montrant l’intervention d’ostéopathes à la maternité du centre hospitalier de Grasse (Alpes-Maritimes).
L’article de franceinfo fait une large place à un discours de dénigrement de l’ostéopathie pédiatrique tenu par l’Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes. Or, cet Ordre s’appuie sur une revue partielle de la littérature sur l’ostéopathie pédiatrique.
Par ailleurs, l’article de franceinfo contient de nombreuses inexactitudes. La plus dommageable se trouve déjà dans le sous-titre « … un ostéopathe en train de manipuler un bébé prématuré à l’hôpital de Grasse ».
Non, les images diffusées par France 5 ne montrent aucune manipulation (bel et bien interdites). Il s’agit là de mobilisations. Ce qui est foncièrement différent. Les professionnels le savent, eux.
Si on peut relever, sur les images de France 5, la légère rapidité de l’exécution des mobilisations, le prématuré ne présente aucun signe douloureux selon les échelles, NFCS, PIPP, EDIN, etc.. Et les parents, comme l’équipe médicale, attestent que son état s’est amélioré. Quant aux « manoeuvres intra-buccales », dénoncées par l’article, elles ne sont nullement interdites contrairement à celles intrapelviennes. On peut, peut-être, pour une question d’hygiène, regretter que l’ostéopathe suivi par le reportage ne porte pas de doigtier. Cependant quand il existe des troubles de l’oralité, l’abord avec le doigtier n’est pas toujours bien accepté par l’enfant.
Plus dérangeant, il est fort regrettable que l’avis médical sollicité par franceinfo pour commenter ces images ne soit pas celui d’un pédiatre ou d’un néonatologiste en poste.

Rappelons le : sur le plan réglementaire, les manoeuvres incriminées ne peuvent, en aucune manière, s’apparenter à des « manipulations » telles qu’elles sont définies dans l’annexe 1 de l’ Arrêté du 12.12.14 relatif à la formation en ostéopathie (JORF n°0289 du 14.12.14).
On peut consulter les décrets N° 2007-435 du 25 mars de 2007, relatifs aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathie qui sont clairs quant à la pratique de l’ostéopathie pédiatrique.
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000462001
L’article 1 autorise l’ostéopathe à pratiquer des mobilisations et des manipulations.
Mais L’article 3 limite et encadre l’exercice pré-cité chez l’enfant de moins de 6 mois et prévoit l’obtention d’une attestation médicale de non contre-indications pour autoriser l’ostéopathe à pratiquer des manipulations. Le Pr. Joël Moret-Bailly, Professeur des Universités, Professeur de Droit de la santé dans l’article : « L’ostéopathie : Profession de santé ou activité de soins ? Revue de droit sanitaire et social, n°2, 2009, 290–300 » en fait une analyse très claire : les mobilisations sont autorisées. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01571113/document
Par ailleurs, contrairement aux affirmations contenues dans l’article, il existe des revues internationales, à Comité de lecture, très sérieuses qui publient des articles sur l’ostéopathie pédiatrique, pour n’en citer que deux :
– Cerritelli, F., et al., Effect of osteopathic manipulative treatment on length of stay in a population of preterm infants: a randomized controlled trial. BMC Pediatr, 2013. 13: p. 65.
– Herzhaft-Le Roy, J., M. Xhignesse, and I. Gaboury, Efficacy of an Osteopathic Treatment Coupled With Lactation Consultations for Infants’ Biomechanical Sucking Difficulties. J Hum Lact, 2017. 33(1): p. 165-172.

En Italie, avec l’équipe de Francesco Cerritelli, chercheur en neurosciences et en imagerie médicale, la recherche est plus avancée tant sur l’ostéopathie pédiatrique que sur celle relative aux adultes Home Università degli Studi G. d’Annunzio Chieti e Pescara,Department of Neuroscience & Imaging. Ces articles montrent l’utilité de cette pratique quand elle est réalisée par des ostéopathes formés et compétents en ostéopathie périnatale et pédiatrique, respectant les recommandations de bonnes pratiques telles que celles de la SEROPPhttps://seropp.org/wp-content/uploads/2019/03/2018-recommandations-debonnes-pratiques-et-d-Ethique-site.pdf. Lesquelles interdisent, entre autres, toute manipulation chez l’enfant.

En France la recherche en ce domaine débute ; plusieurs études cliniques ont été partiellement financées par notre association la « Société Européenne de Recherche en Ostéopathie Périnatale et Pédiatrique (SEROPP, www.seropp.org).
Une autre étude clinique, randomisée « HYPOSTEO », sur la prise en charge ostéopathique du nourrisson hypotonique a débuté en janvier 2019 ; l’avancée de l’étude peut être suivie sur www.clinicaltrials.gov. Avant d’être mises en place, toutes les études soutenues par la SEROPP ont reçu l’approbation d’un Comité de Protection des Personnes (CPP).
Nous le martelons depuis quinze ans, à longueur de congrès, d’articles et de colloques, l’ostéopathie périnatale et pédiatrique (OPP) est plombée par l’insuffisance de travaux de recherche. Voilà pourquoi il est important de soutenir la recherche en OPP, afin que ce déficit ne nous soit plus systématiquement opposé !

Roselyne Lalauze-Pol DO
Présidente de la SEROPP
Ancienne Attachée des Hôpitaux de Paris
Membre du Réseau de Santé Périnatal Parisien
Membre du Club International de Morphologie Faciale
Doctorante Laboratoire CHart, EPHE – PSL-research

 

L’académie de l’ostéopathie, elle, de son coté, re-publiait le lien vers une étude de 2006 sur les complications liées au traitement ostéopathique chez le nourrisson:

L’UFOF est aussi montée au créneau pour défendre l’ostéopathie pédiatrique:

Le 7 janvier, l’émission de télévision La Maison des maternelles diffusait un reportage sur les interventions de deux de nos confrères au sein de la maternité de Grasse (06) auprès des nouveaux nés et en néonatalogie Partagée plus 5000 fois et visionnée plus 360 000 fois, la vidéo avait battu des records de diffusions sur les réseaux sociaux, confirmant l’engouement du public pour notre discipline appliquée aux nourrissons.

Comme il fallait s’y attendre nos détracteurs sont monté au créneau. Dans un article de France info du 9 mars, intitulé Dangereuse, efficace, sans effet ? L’ostéopathie sur les nourrissons, une pratique qui divise, un chirurgien, un neurologue anonyme et un enseignant en kinésithérapie parlent de “gestes dangereux” et évoquent de nombreux accidents dont nous attendons toujours plus de précisions.

L’article rappelle les deux rapports du Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes enjoignant ces derniers à proscrire l’ostéopathie crânienne et viscérale en tant que “dérive thérapeutique”.

Interrogé par téléphone notre président Dominique Blanc rappelle que :

  • nous n’avons connaissance d’aucun problème avec un nourrisson ayant reçu un traitement ostéopathique crânien,
  • en 2006, une étude de l’Académie d’ostéopathie de France n’avait trouvé aucune trace d’accident impliquant un nourrisson, aussi bien dans la littérature scientifique que dans les sinistres déclarés aux assureurs,
  • depuis 2014, la formation des étudiants est de 4 860 heures de théorie et de pratique, sur cinq ans, dans des écoles agréées,
  • malgré l’absence de remboursement par la Sécurité sociale, deux Français sur trois ont consulté un ostéopathe.
  • 88 % des patients interrogés se déclarent satisfaits (Sondage Ifop 2016)

Il dénonce :

  • les conclusions “complètement orientées” des rapports commandés par les kinés, “dans un contexte corporatiste”.
  • le manque d’accès des ostéopathes aux publications scientifiques.

 

Il est à parier que d’autres communiqués devraient sortir les prochains jours, nous remettrons à jour l’article en fonction, n’hésitez pas à le consulter les prochains jours.

 

[MISE À JOUR du 14/03/2019]

Le SFDO a publié un court billet reprenant simplement un court extrait du communiqué de la SEROPP sans prendre position, ni apporter de nouveaux arguments à la polémique.

Le groupe OsteoNat a aussi tenu à réagir par rapport à l’article de France Info:

En réponse à l’article « Dangereuse, efficace, sans effet ? L’ostéopathie sur les nourrissons, une pratique qui divise » paru sur le site de France Info le 9 mars dernier.

OSTEONAT, organisme de formation professionnelle en ostéopathie périnatale et pédiatrique, tient à faire observer les points suivants :

On peut considérer que les détracteurs intervenant dans cet article ne tiennent pas compte de trois réalités :

  • La démarche scientifique commence obligatoirement par l’observation des faits non connus.  Ils condamnent une pratique à priori, sans avoir la curiosité scientifique minimale qui consisterait à observer de façon neutre ce que font les ostéopathes. Le passé est riche de ce type d’erreur, même en Médecine ; il est navrant de constater qu’ils ne s’appliquent pas le principe scientifique qu’ils mettent en avant de façon si apparemment vertueuse. Quant à l’évaluation scientifique de la pratique, on confine à la mauvaise foi,  l’approche ostéopathique ne bénéficiant d’aucun crédit de recherche. Les structures de recherche sollicitées refusent systématiquement d’évaluer la pratique et son efficacité. Nous avons de nombreux exemples illustrant ces refus ; il est paradoxal de demander des validations scientifiques qui seraient utiles à tout le monde, et de refuser de les mettre en place!
  • L’ostéopathie depuis des décennies s’intéresse au nouveau-né et à son adaptation extra-utérine. Les premiers écrits et traitements sur l’ostéopathie néonatale remontent maintenant à presque un siècle ; il y a plus de  30000 ostéopathes en France qui traitent des dizaines de milliers de nourrissons, sans qu’une épidémie d’accidents soit relevée par les autorités médicales, ni par les réseaux sociaux, connus pour leur promptitude à l’indignation. Les enseignants d’OSTEONAT font partie depuis 20 ans de ceux qui ont fait avancer l’ostéopathie en environnement périnatal, en transdisciplinarité avec les autres praticiens, quelle que soit leur spécialité. Transdisciplinarité veut dire complémentarité à travers un objectif commun à tous les participants, en l’occurrence l’accueil au bébé. Il parait douteux qu’en 20 ans une éventuelle dangerosité des interventions ait échappé aux nombreux praticiens compétents qui, eux, ont accepté d’observer sans à priori.
  • La demande thérapeutique vient des parents. L’ostéopathie chez le nouveau-né n’existerait pas sans leur demande ; elle n’est pas le résultat d’un prosélytisme professionnel. Ils y trouvent visiblement des réponses non apportées par ailleurs. Les assurances ne font pas état de plaintes pour accidents ou maltraitances de la part des praticiens. La vraie attitude thérapeutique consisterait à comprendre cette demande (et en quoi on y manque) avant de porter des jugements aussi abrupts sur ceux qui semblent y répondre. Le simple fait que nos détracteurs dans leurs objections oublient l’enfant et ses besoins, pour se concentrer sur des approches techniques qu’ils ne connaissent pas, illustre un probable déficit d’intérêt pour le patient.

Tout est loin d’être parfait, et la jeunesse même de la pratique sur le nouveau-né devrait faire réfléchir les thérapeutes sincères ostéopathes et des autres spécialités aux procédures de travail en commun permettant d’aider ces bébés qui peuvent être en réelle difficulté d’adaptation néo natale.


[Mise à jour du 03/04/2019]

Peu de nouvelles réactions à noter depuis le 14/03/2019.

Le ROF s’est retranché derrière le communiqué de la SEROPP:

La maison des maternelles a depuis fait une vidéo pour revenir sur la polémique:

Un article sur le sujet est paru également dans le figaro santé sur l’ostéopathie crânienne pour les bébés.

 

 


Nos précédentes parutions sur le sujet:

L’ostéopathe magazine s’engage dans cette démarche d’une ostéopathie compétente et sécurisée pour les patients notamment les nouveau-nés. En témoigne nos dossiers consacrés à la périnatalité dans lesquels vous trouverez des informations précieuses pour cette prise en charge spécifique ainsi que des témoignages d’experts qui font part de leur expérience en la matière.

#07

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#23

losteopathe23-couv-WEB

#31

osteomag-31

#40

40-OsteoMag_COUV1

Ainsi que nos reportages sur les congrès et symposiums, notamment de la SEROPP citée dans cet article:

 

6e symposium SEROPP : LA FEMME EN PÉRINATALITÉ / la femme est l’avenir de l’homme
PUBLIE dans #40 (livraison le 20 mars 2019)

SEROPP-6ème Symposium

 

5e symposium SEROPP : La ludothèque des sens
PUBLIE dans # 32

SEROPP

 

 

4e symposium SEROPP : oralité de l’enfant

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3e congrès FROP : recherche et ostéopathie, le duo gagnant / NETOSTEO : une étude liens entre échec de l’allaitement maternel et d’éventuels troubles de la succion déglutition chez le nourrisson pour mettre en évidences des dysfonctions spécifiques chez le nouveau-né (https://www.osteomag.fr/actualites/neosteo-une-etude-a-boire-comme-du-petit-lait/
) / Ostéopathie et recherche cote à côte
Publié dans #25

osteomag-25-RENCONTRES-NEOSTEO-slider

 

2e symposium SEROPP : mieux traiter la douleur de l’enfant

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Pour aller plus loin:

Enfin, nous venons de publier un court résumé de l’état des connaissances en ostéopathie pédiatrique ici.

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