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Course à pied : corriger ou laisser courir ?

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Abonnés La prise en charge du coureur à pied est complexe. Elle pose les questions suivantes. Existe-t-il une forme universelle de course ? Devons-nous réapprendre au patient à courir ou au contraire considérer le coureur dans son individualité et conserver ses compensations aux contraintes subies ? Les réponses d’Antoine Jarry*, ostéopathe.

Par Jérémie Cogan, ostéopathe et titulaire d’une licence STAPS éducation et motricité, et Reza Redjem-Chibane

Mais avant de répondre à ces questions, il est nécessaire de comprendre la singularité de la course à pied. Que ce soit pour le coureur amateur ou le coureur professionnel, la course sur piste ou le cross, le trail ou l’ultra trail, le 100 m ou le marathon, etc., le coureur doit compenser et s’adapter avec son seul corps comme outil. Contrairement à d’autres sports, en cas de gêne ou de souffrance, il n’a d’autre possibilité que de compenser avec son corps pour continuer.
La course à pied produit des contraintes spécifiques sur le corps des coureurs qui accumule des microtraumatismes dus à l’absorption répétitive de vecteur de forces au sein des tissus. Pour autant, les dysfonctions développées par le coureur ne sont pas toujours prévisibles. A haut niveau, les énormes contraintes auxquelles le sportif doit s’adapter agissent surtout comme un catalyseur des déséquilibres déjà présents. Plus le niveau est élevé, plus la technique et la gestion de l’effort seront des paramètres difficiles à moduler. Bien souvent, le coureur doit composer avec la douleur.  [groups_member group=”Abonné”]

Quel doit être alors l’objectif de l’ostéopathe ?

Le rôle de l’ostéopathe est de redonner mobilité et élasticité au système du coureur pour optimiser ses capacités (fluidité de sa gestuelle et métabolisme). Son objectif : redonner une marge de compensation au système anatomophysiologique du coureur face aux contraintes de la course. La compétition de haut niveau implique de ne pas laisser ce système gérer seul la mise en place de compensations et ainsi risquer de s’altérer. La conscience corporelle du sportif de haut niveau est très élevée. S’il peut récupérer très rapidement, il peut aussi se « dérégler » très rapidement. Par rapport au sportif amateur, les stratégies de traitement pour un sportif de haut niveau doivent être modifiées afin d’intégrer la notion de temps et d’échéance. En ostéopathie, il s’agit souvent de trouver la dysfonction, la corriger et laisser le corps travailler. À haut niveau, la charge d’entraînement quotidienne est telle que le patient ne pourra pas respecter 48 ou 72 heures de repos après une séance d’ostéopathie. La fatigue physiologique et psychologique liée à ce volume d’entraînement sera également variable sur l’année. Il faut la prendre en compte. Enfin, le traitement ne doit pas interférer avec un pic de forme prévu en période d’échéance sportive importante. Pour que le corps opère les changements visés sans perte de performance en course, les gestes thérapeutiques de l’ostéopathe devront être distillés plus finement qu’avec un patient classique. Entre laisser s’installer une certaine forme de « déséquilibre » corporel permettant au sportif d’être efficient dans un domaine gestuel très spécifique ou modifier le schéma corporel, le maître mot est : anticipation. Anticiper les réactions du corps à une technique et à un traitement. Le corps du sportif doit s’adapter de manière répétitive à beaucoup de contraintes.
Après un traitement, son organisme devra travailler beaucoup plus vite pour rester performant dans le contexte sportif. Mais finalement, ce qui doit être corrigé le sera de la même manière que chez n’importe quel patient. Ce qui diffère, c’est le rythme des séances et à quel moment les corrections sont réalisées.

Investiguer l’environnement du patient

La course à pied instaure un schéma corporel et des dysfonctions. Pour répondre aux problématiques du coureur, il faut analyser le coureur dans son ensemble. Notamment :
– La gestuelle et les techniques de course du sportif,
– Le terrain sur lequel il s’entraine et sur lequel il concourt,
– Le matériel, le type de chaussure, de semelle,
– L’hygiène de vie en générale.
Les dysfonctions issues de la pratique sportive s’inscrivent dans un ensemble. Il faut donc connaître l’histoire du patient car le corps met en place des compensations en fonction des exigences de la course, mais aussi par rapport à ses propres caractéristiques. Lorsque certains systèmes sont sollicités, l’ostéopathe doit proposer un axe de traitement. Le corps adhérera ou pas à ce traitement. Il n’y a pas de recettes. Certaines dysfonctions, ou de manière plus large, certains obstacles à la mobilité peuvent être un point fort pour un coureur. Particulièrement chez les sprinteurs. À très haut niveau notamment, certains doivent maintenir la raideur de certaines structures anatomiques. Un tissu myofascial très tonique peut restituer un maximum d’énergie dans la foulée. La raideur du système myofascial permet ainsi de stocker l’énergie afin de la renvoyer de manière optimale. Assouplir ces zones de fixation réduira les performances de ces coureurs. Une élasticité myoafasciale doit donc répondre aux exigences d’une pratique. Du marathonien au sprinter, il faut trouver le juste milieu entre tonicité et étirement. Si chaque demande de prise en charge est particulière, toutes ont deux exigences communes : rapidité et efficacité.

Des corrections prioritaires à réaliser

Si la prise en compte de la globalité du patient est primordiale, certaines articulations sont clés pour permettre une bonne mobilité et gestuelle de course. La course à pied crée des contraintes spécifiques et certaines zones du corps sont plus sollicitées. En général, un coureur a une gestuelle latéralisée. Chez un droitier, le pied gauche aura plutôt un rôle d’amorti et le pied droit sera plus dynamique. Cette différence est encore plus marquée sur piste avec une hyper sollicitation du membre inférieur et de l’hémibassin en amorti à gauche et en appui dynamique à droite. Si on laisse cette adaptation en place trop longtemps, les contraintes deviendront délétères pour la structure. Il faut tout corriger, mais pas tout d’un coup. Si le sportif vient chercher un soulagement, il vient aussi chercher des réponses. Il est souvent perdu parmi plusieurs discours thérapeutiques. Il faut accorder notre message avec celui des autres thérapeutes et communiquer de manière pédagogique. Comment fonctionne le corps ? Quelle aide peut apporter l’ostéopathie ? Comment le patient peut-il s’aider lui même ? etc. Des outils visuels, type logiciel d’anatomie 3D, sont pratiques pour expliquer l’anatomie et la neurophysiologie. La compréhension consciente ou inconsciente du patient est un atout majeur dans la réussite d’une prise en charge. Par ailleurs, il faut coordonner ce travail avec les autres professionnels de santé entourant le sportif. En respectant notre position au sein de l’équipe médicale et connaissant la contribution des autres dans l’accompagnement du sportif (diététiques, thérapies diverses, phytothérapie, compléments). Notre meilleur atout c’est la confrontation et le partage à travers un échange en direct sur le cas d’un patient au sein d’équipes pluridisciplinaires composées d’intervenants médicaux ou techniques.

L’ostéopathe : un vrai coordinateur

L’ostéopathe a les qualités nécessaires pour devenir un vrai coordinateur. Nous connaissons la mécanique, savons écarter le physio pathologique et avons une bonne compréhension des facteurs métaboliques, physiologiques et psychologiques de l’individu. Par exemple, ce n’est pas mon rôle d’ostéopathe de proposer des exercices actifs. Par contre, il m’appartient de connaître parfaitement les exercices proposés par le kinésithérapeute et je n’hésite pas à m’exprimer si nécessaire. En revanche, proposer un bilan podologique et le port de semelle dans certains cas est indispensable pour corriger une biomécanique. Nous devons maîtriser, par le biais des podologues, la technicité du matériel : chaussures, semelles, matériaux utilisés, etc. Les chaussures sont dites pronatrices, supinatrices, universelles, avec une pose talon, une pose médio-pied, une pose avant pied, etc. La structure d’une semelle de chaussure est très importante. Un coureur avec un appui talon pourra retrouver trop d’instabilité avec une semelle dont le talon est segmenté. Inversement, un coureur avec un appui médio pied pourra utiliser cet amorti lors d’une descente. Cette analyse complexe dépend du coureur, de sa pose de pied, de sa discipline, etc. Le choix se fait de manière collégiale avec podologues et vendeurs spécialisés.

Établir une confiance réciproque

Que ce soit pour un sportif de haut niveau ou un coureur amateur, la prise en charge du coureur est avant tout basée sur une confiance réciproque qui donnera lieu à un discours puis à une stratégie. Finalement, la prise en charge du sportif de haut niveau diffère assez peu de celle du patient lambda. Elle respecte le concept ostéopathique qui est d’améliorer la mobilité
et l’élasticité des tissus pour tendre vers l’homéostasie du milieu intérieur. Pour l’athlète comme pour tout patient, l’abord mécanique ne se suffit pas. Il faut investiguer les aspects métaboliques et psychologiques.

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