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OSTÉOPATHIE & PNL : co-créer la relation thérapeutique, une histoire de bonne conscience ?

Marie-José Walrave était masseur-kinésithéraepeute avant de se former à l’ostéopathie au sein de l’AOM-ITO. Formée également à la Programmation Neuro-Linguistique (PNL) , elle était intervenue dans nos colonnes sur la conjugaison de l’ostéopathie et de la PNL.

Marie-José Walrave.

Quelle est votre définition de la programmation neuro linguistique (PNL) ?

On ne peut pas donner de définition générale car la Programmation Neuro-Linguistique est un ensemble coordonné de connaissances et de pratiques concernant la communication et le changement et fondées sur une démarche davantage axée sur l’expérience que la théorie. Pour moi, la PNL ce n’est que des expériences et des exemples d’applications.

Pouvez-vous nous donner un exemple permettant d’illustrer votre vision expérientielle de la PNL ?

Grâce à la PNL, j’ai découvert la différence entre le processus et le contenu. Par exemple, lorsqu’une per-sonne dit : « je n’arrive jamais à prendre une décision au boulot ». Dans cette déclaration, cette personne est enfermée dans le « jamais ». La PNL l’invitera à interroger son assertion ainsi : « ah bon, mais vous n’avez jamais pris de décision au travail ? ». Il s’agit de faire ressortir le contre-exemple et d’aller plus loin : « y-a-t-il des contextes où vous arrivez à prendre des décisions ? » Je peux ainsi visiter le processus de prise de décision dans un contexte de réussite et analyser le comportement en m’intéressant aux organes des sens. Il s’agit d’observer com-ment la personne se sent, comment elle se positionne physiquement dans la prise de décision. Elle pourra par exemple être en appui sur l’avant de ses pieds et avoir le regard dirigé vers le haut. Une fois cette analyse réalisée, il s’agit de reprendre ce processus dans le contexte du travail.

Quel est l’objectif in fine de la PNL ?

La PNL s’appuie sur les organes des sens qui nous relient à notre environnement interne (image corporelle, auditif interne, les émotions, etc.) et externe. L’objectif est d’amener du changement et de donner de l’autonomie (c’est-à-dire avoir plus d’options) à la personne pour que les processus soient plus écologiques dans le sens où ils demandent moins d’énergie dans leur exécution. Le but n’est pas d’aller vite mais d’augmenter la conscience et de permettre une auto-observation de notre propre fonctionnement. Et surtout, de toujours bien distinguer processus et contenu.

Comment vous êtes-vous intéressée à la PNL ?

J’ai rencontré une formatrice en PNL, Dominique de Villoutré, en qui et j’ai eu confiance. J’ai écouté mon instinct qui me disait que c’était le bon moment pour débuter cet apprentissage. Car entrer en PNL, c’est un engagement. Si à ce moment la PNL ne m’a pas été utile, plus tard elle m’a aidé à répondre à mes questions. La formation a duré 2 ans.

Quels changements avez-vous observés en vous grâce à la PNL ?

J’ai appris à être plus une soignante-accompagnante. La PNL m’a permis de prendre conscience que ma responsabilité est d’abord envers moi et la relation à l’autre. Pas envers l’autre. Car je ne peux agir que sur moi, et par conséquence sur la relation.

Comment intégrer la PNL dans une consultation ostéopathique ?

La PNL invite à ressentir l’intention apportée par le thérapeute pendant la consultation. A force de ressentir mes organes des sens, je sais quand je suis réellement à ma place et dans l’accueil. Et dans mes mains, se retrouve alors une proposition de soins. Je ne donne pas un soin, je le propose. C’est différent. 

Pendant le traitement, j’analyse ma posture et j’observe notamment mon regard. Si je constate qu’il est très bas, je vise un but pour me faire relever la tête. Mon langage change immédiatement. Je m’invite à faire cette correction avec élégance en acceptant le fait d’être dans un apprentissage constant. Tout comportement a une intention positive et il n’y a pas de jugement. Quoi que je fasse, ma responsabilité c’est de l’accueillir. Il n’y a pas de bien ni de mal, mais des points forts et des points d’amélioration.

Comment les patients perçoivent-ils cette nouvelle approche qui consiste en une proposition de soin plutôt qu’un don ?

Je peux vous donner un exemple. Lorsque j’ai demandé à une enfant de six ans la permission de partager avec elle ce que j’ai ressenti pendant la séance, j’ai ressenti qu’elle prenait toute sa place. Elle s’est redressée et était vraiment présente. Dans cette initiative, je me suis mis dans ma responsabilité d’offrir à l’autre sa place dans la consultation. Quand je pose cette question, j’observe habituellement un moment de stupéfaction qui dure quelques secondes après la question. Ça laisse le temps d’entrer dans ce temps de partage.

Pouvez-vous décrire d’autres changements dans la manière de mener la consultation ?

J’ai enrichi mon vocabulaire et je propose d’autres mots. Car j’ai perçu chez moi l’utilisation fréquente d’un langage très globalisant : « on », « tout le temps », etc. J’ai appris à utiliser le « je » et à aller au bout de mes phrases. A prendre le temps de choisir le bon mot et donc d’accueillir les silences. Si je n’ai pas le mot juste pour exprimer ma pensée, je préfère attendre. Même si je prends le risque que ce mot n’arrive pas.

La manière de mener votre interrogatoire en début de consultation a dû être modifiée ?

En effet. Je vais plutôt demander à l’autre si je peux aller chercher de l’information. Je commence ainsi mon anamnèse : « ça vous va si je vous pose quelques petites questions ». Et lorsque par exemple le patient énonce une douleur du style « j’ai mal au dos », je lui demande « si vous décriviez cette douleur, que diriez-vous ? » Je lui demande également de montrer l’emplacement de la douleur et j’essaye de me mettre à sa place.

Est-ce que cette approche nécessite un temps de consultation plus long ?

Pas nécessairement. En revanche, je m’offre du temps car je n’ai pas envie d’être pressée. Je ne prends pas les patients lorsqu’ils sont en retard car le patient suivant devra attendre. Et c’est inconfortable pour moi d’accueillir un patient pendant qu’un autre attend. Ma qualité de présence en est altérée. Si la durée des consultations n’est pas rallongée par cette démarche basée sur la PNL, je m’offre 15 minutes entre chaque consultation. En revanche, pour les premiers rendez-vous je prévois un créneau de 1h15.

Pourquoi est-ce si important d’aménager ainsi votre temps ?

Car je veux être dans le plaisir quand je rentre dans mon cabinet. Si je ne me respecte pas, je ne peux pas respec-ter la personne qui vient me consulter. Et je ne veux surtout pas terminer mes journées de consultation avec ces mots à l’encontre de mes patients : « ce qu’ils m’ont fatigués »

Constatez-vous une efficacité accrue de vos traitements avec cette démarche ?

A la fin des séances, si une partie du corps de mon patient a retrouvé de la mobilité, j’imagine que s’il repart dans son fonctionnement habituel, cette mobilité retrouvée sera très vite perdue. Je propose alors des outils pour sortir de ces fonctionnements en extériorisant le stress ou la colère par le cri ou le chant. Dans la voiture par exemple. Ou encore en tapant des pieds dans les moments de colères. A un enfant par exemple, j’avais posé la question : « si tu n’étais pas d’accord, comment tu ferais ? » On détermine alors ensemble le meilleur moyen de faire sortir une émotion. C’est de la co-création et ce n’est possible qu’en étant en relation au monde de l’autre.

Pourquoi est-il particulièrement intéressant d’associer PNL et ostéopathie ?

La PNL m’a permis de m’accompagner. Je peux le faire tout le temps. Tout est question de contexte et en même temps tout est processus. Maîtriser la PNL me permet de revisiter mes stratégies de fonctionnement. Par là-même, je change mes connections nerveuse et modifie donc ma structure. Je trouve ça intéressant de modifier mes structures de fonctionnement avec conscience via la PNL et d’être un acteur qui engage des modifications de structures avec l’ostéopathie. Les deux outils sont complémentaires. L’ostéopathe propose un changement que j’accompagne d’une modification 

de comportement. La PNL apporte l’outil le plus adapté à la personne de manière plus confortable (par rapport à d’autres changements comportementaux comme un changement d’alimentation par exemple). La PNL m’a permis de m’ajuster à l’autre et d’ajuster l’outil à l’autre.

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