torticolis du nourrisson

Torticolis et plagiocéphalie du nourrisson : qui fait quoi ?

AbonnésPédiatres, chirurgiens, sages-femmes, kinésithérapeutes, psychomotriciens et ostéopathes étaient réunis les 4 et 5 avril 2014 à Cachan (94) pour présenter leur expertise respective de la prise en charge partagée du torticolis du nourrisson et de la plagiocéphalie. Le thème de la seconde édition du congrès international d’ostéopathie d’Ostéobio.

Un reportage réalisé par Alice Bragança, ostéopathe, et Reza RC.

torticolis du nourrissonCar partager une prise en charge nécessite d’abord de connaître les compétences et modalités de traitement de tous les acteurs concernés. Et ensuite ses propres compétences et ses limites. Ainsi, afin de délimiter le périmètre d’intervention de l’ostéopathe, Xavier Blusseau, ostéopathe et directeur de l’enseignement d’Ostéobio, a d’abord présenté l’ostéopathie biomécanique et ses concepts appliqués au torticolis du nourrisson. Ensuite, il s’est interrogé sur les objectifs de l’examen clinique plutôt que sur les résultats thérapeutiques. Quel doit être l’examen clinique d’un nourrisson pour que ses conclusions soient comprises par l’ensemble des acteurs de la santé qui interviennent sur le torticolis et la plagiocéphalie ? Une question compliquée pour les ostéopathes. Pour plusieurs raisons selon Xavier Blusseau : « d’abord parce que les concepts peuvent s’opposer d’un ostéopathe à l’autre. Pour y remédier, il faut se détacher de la cause pour s’intéresser à la pathologie. Ensuite, au niveau thérapeutique, parce que nous ne nous posons pas la bonne question. Qui n’est pas : comment modifier la forme du crâne, mais plutôt, quels sont nos actes qui peuvent modifier la forme du crâne et son évolution ? »

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Efficacité, légitimité et dangerosité : les bonnes questions à se poser
David Dessauge, ostéopathe et directeur adjoint d’Ostéobio, a prolongé cette réflexion sur la prise en charge ostéopathique à travers trois critères : l’efficacité, la légitimité et la dangerosité. Après une rapide recherche sur PubMed à l’aide de mots clés, il a trouvé très peu d’occurrences sur l’efficacité de l’ostéopathie. Il en conclut que l’ostéopathie est « peut-être » efficace. En revanche, son concept thérapeutique la rend totalement légitime en ce qui concerne le torticolis fonctionnel. Et enfin, l’ostéopathe n’est pas dangereux au regard du taux marginal de sinistralité. La place du pédiatre de maternité dans le diagnostic et la prise en charge d’une plagiocéphalie a ensuite été exposée par Dominique Dubesset, pédiatre. Il a abordé les facteurs de risque à l’origine des plagiocéphalies (voir également nos enquêtes et dossiers parus dans L’ostéopathe magazine numéros 20 & 21) et notamment présenté les signes à rechercher pour identifier un torticolis ou faire craindre une évolution vers une plagiocéphalie. À savoir :

– une asymétrie du visage

– une asymétrie des mâchoires

– une déformation du nez

– une déviation de la cloison nasale

– un pied varus gauche

– un pied talus valgus droit

– des pieds bots

Il a également décrit comment évaluer la sévérité des brachycéphalies ou crâne large. La sévérité de la brachycéphalie est souvent évaluée selon la valeur de l’indice céphalique. C’est-à-dire le rapport largeur x 100 / longueur. Le dolichocéphale a un indice < 75, le brachycéphale a un indice > 80. Cet indice associé à l’observation des déviations standards (DS) permet de proposer une classification des brachycéphalies selon leur sévérité :

Tableau des observations des déviations standards
Etat du crâne Indice céphalique Déviation standard (DS)1 DS = 5 %
Crâne normal 78 % 0
Brachycéphalie légère 83 à 88 % +1
Brachycéphalie modérée 88 à 93 % +2
Brachycéphalie sévère >93 % +3

Il n’y a pas de réel consensus précis sur ces seuils de sévérité. Ils varient d’une clinique à l’autre. Aux États-Unis, un traitement par casque est généralement recommandé à partir de 93 %. Dominique Dubesset a également insisté sur l’importance des conseils aux parents ainsi que sur le suivi de l’évolution du bébé : symétrie du crâne, gesticulation, rotations de la tête, etc. Il faut agir tôt, car l’amélioration est plus efficace avant 6 mois.

Deux pédiatres sinon rien
Thierry Marck, pédiatre également, a repris dans son intervention certains éléments de prise en charge évoqués par Dominique Dubesset. En revanche, leur approche du couchage est très différente. Thierry Marck recommande une alternative au couchage systématique des bébés sur le dos, source de plagiocéphalie. Son expertise a été présentée dans une interview publiée dans notre reportage Couchage des bébés, une histoire à dormir debout parue dans L’ostéopathe magazine numéro 21. Il a également rappelé que toute plagiocéphalie se doit d’être dépistée quel que soit le motif de consultation initial, et son importance quantifiée au départ et tout au long du traitement (voir notre enquête La plagiocéphalie mise à plat : comprendre, diagnostiquer, évaluer – L’ostéopathe magazine 20). Finalement, Thierry Marck propose un protocole de traitement ostéopathique des plagiocéphalies postérieures d’origine positionnelle (PPOP) basé sur plusieurs principes :

– L’obligation de résultats,

– L’évaluation régulière de l’efficacité de prise en charge par la mesure régulière des indices crâniens,

– La déformation crânienne (DC) doit être traitée avant l’âge de 5 mois,

– La remise aux parents d’une fiche de conseils positionnels,

– Le travail en équipe ostéopédiatrique,

– Le recours à l’orthèse crânienne en cas de DC sévère chez un enfant de plus de 5 mois,

– La mobilisation des sutures ne peut à elle seule agir sur une platitude osseuse constituée.

Ces principes doivent s’accompagner d’une aide positionnelle avec des coussins de latéralisation dans le respect des consignes suivantes :

– La tête suit le corps placé en dorsolatéralisation de 45 °.

– La tête et le corps restent en prolongement dans le même axe.

– L’évitement de l’appui nocif est assuré.

– En cas de plagiocéphalie, l’enfant sera placé uniquement à l’opposé du côté plat.

– En cas de brachycéphalie, l’enfant sera placé alternativement de chaque côté.

– Le coussin doit être retiré à 4 mois et demi.

Le torticolis en 3e position de la fréquence des déformations néonatales
Deux témoignages complétés par l’intervention de Bernadette de Gasquet, médecin et professeur de yoga, sur l’influence du pré et per-partum dans l’installation du torticolis. Elle a notamment insisté sur la mécanique obstétricale où la femme ne bouge pas, le bassin ne bouge pas (mobilité sacro-iliaque inconnue ou jugée pathologique), l’accoucheur ne bouge pas. Seul le bébé doit s’accommoder. Et uniquement sa tête et non son corps, car l’obstétrique moderne n’agit que sur la tête du bébé. Bernadette de Gasquet propose alors des alternatives à la position classiquement d’accouchement : décubitus latéral, à quatre pattes, accroupi en suspension. Magali Bourgoin, sage-femme, a quant à elle présenté les facteurs de risque du torticolis et de la plagiocéphalie en périnatalité. Elle a au préalable rappelé que le torticolis représentait la 3e déformation néonatale en termes de fréquence, soit 0,3 à 1,9 % des naissances. Elle s’interroge alors : l’obstétrique serait-elle en cause dans l’installation des torticolis ? Après avoir exposé un modèle de constitution du torticolis, elle a commenté une étude qu’elle a réalisée pour évaluer les corrélations entre les restrictions mobilité cervicale et les traumatismes per partum. Notamment les conséquences liées au déclenchement du travail. La présentation de ces travaux et les conclusions de Magali Bourgoin vous seront présentées dans un prochain reportage.
Un parcours de soins bientôt coordonné ?
Mieux connaître les traitements des différents professionnels impliqués permet de partager la prise en charge. Pour chaque domaine de compétence, champ d’action et période d’intervention ont été clairement déterminés. La prochaine étape est d’établir un parcours de soins coordonné, un schéma de prise en charge depuis la prévention jusqu’aux traitements les plus lourds. Mais d’ores et déjà, la prévention, le traitement précoce et l’éducation parentale font consensus.

 

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