torticolis du nourrisson

Tordre le cou au torticolis : un travail d’équipe !

Accès libreLa prise en charge du torticolis du nourrisson est un travail d’équipe. Quels sont les professionnels de santé impliqués et quelle est leur action thérapeutique ? Voici les réponses du kinésithérapeute, du psychomotricien et du chirurgie.

Un reportage réalisé par Alice Bragança, ostéopathe, et Reza Redjem-Chibane

torticolis du nourrisson

KinésithérapieThérapie psychomotriceChirurgie

Kinésithérapie : d’abord déterminer le champ de compétences

L’objectif de la prise en charge par la kinésithérapie est de rétablir la position de la tête dans l’axe du rachis.

Olivier Samson, masseur kinésithérapeute

Mais avant de proposer un traitement, il faut d’abord rechercher les signes d’un torticolis musculaire congénital entrant dans le champ d’action du kinésithérapeute pour exclure les pathologies d’orientation (malformation congénitale du rachis, torticolis tumoral, etc.). Ainsi, lors de l’observation, le praticien cherchera une position asymétrique de la tête et du corps, une tête tournée et inclinée, voire une déformation du crâne si le torticolis est associé à une plagiocéphalie occipitale ou fronto-occipitale. Ensuite, lors de la palpation, la recherche d’un nodule ou d’une corde cervicale est importante. En effet, selon son importance, une prise en charge chirurgicale complémentaire au traitement kiné peut être envisagée. Cette étape permet également de mettre en évidence un muscle du cou dur et raide, quel que soit le mouvement provoqué.

Le triple objectif de la prise en charge

Un déficit en rotation, aussi bien active que passive, lors de la mobilisation guidera le praticien vers le traitement à adopter et l’examen des tensions musculaires permettra l’inventaire des muscles impliqués : le sternocléidomastoïdien essentiellement, mais parfois le trapèze, les rhomboïdes ou encore l’élévateur de la scapula. Enfin, un examen clinique complémentaire permet de rechercher des lésions corporelles associées au torticolis, notamment au niveau des membres, du rachis et de l’abdomen.

Une fois ces différentes étapes réalisées, et donc le champ d’action du kinésithérapeute bien défini, le traitement, sur plusieurs semaines, peut alors commencer. L’objectif est triple : étirer le muscle incriminé, renforcer le côté opposé et conseiller les parents afin de limiter les facteurs de risques pour consolider le traitement. Idéalement, cette prise en charge doit être la plus précoce possible, avant même l’acquisition de la tenue de tête qui se fait autour des 3 mois de vie.

Le traitement

L’étirement se fait par mobilisation passive progressive et douce de la tête sans jamais forcer. Lors de cette étape, le praticien aura pour objectif de corriger l’attitude asymétrique de la tête qui se trouve en position d’inclinaison homolatérale et de rotation controlatérale par rapport au muscle incriminé. Ainsi, il effectuera une mise en position qui amènera la tête en position d’inclinaison et de rotation opposées à la position initiale. Des études (Cheng en 2001 sur 821 patients) montrent que ce traitement est sans danger et efficace dans 95 % des cas. Dans de nombreux cas, il permet d’éviter la chirurgie (Cheng JC, Chen TM, Tang SP, Shum SL, Wong MW, Metreweli C. Snapping during manual stretching in congenital muscular torticollis. Clin Orthop Relat Res. 2001 Mar(384):237-44). Selon le stade de développement moteur du bébé, différents exercices de stimulation motrice active seront proposés afin de renforcer le côté opposé. La prise en charge s’élargit ensuite au système ostéo-articulaire axial. Un partenariat kinésithérapeute-ostéopathe peut alors être mis en place si un travail au niveau de la charnière craniocervicale (torticolis congénital postural ou positionnel) ou au niveau du bassin.

Un partenariat kinésithérapeute-ostéopathe

Enfin, pour tirer tous les bénéfices de cette prise en charge sur le long terme, une éducation parentale sur l’installation et le portage de leur nourrisson est primordiale. Et les conseils sont nombreux, d’autant plus si une plagiocéphalie se présente : placer des éléments de stimulation sonore et visuelle du côté opposé au torticolis ; éviter les appuis nocifs en supprimant des temps de transat par exemple ; en décubitus dorsal, positionner une cale du côté de la déformation afin de permettre une rotation opposée de la tête ; sous surveillance, augmenter les temps où le nourrisson sera en décubitus ventral ; varier le portage et alterner de bras lors de la prise alimentaire. Des conseils sur des étirements doux peuvent également être proposés afin de renforcer l’efficacité de la prise en charge. Une étude réalisée par Celayir en 2000 auprès de 45 enfants dont les parents prodiguaient des étirements toutes les 3 heures pendant 3 mois a conduit à un taux de réussite de 100 % (Celayir AC. Congenital muscular torticollis: early and intensive treatment is critical. A prospective study. Pediatr Int. 2000 Oct;42(5):504-7)

Thérapie psychomotrice : « stimuler la fonction défaillante à partir de ce qui fonctionne »

Peu connus pour ce motif de consultation, les psychomotriciens interviennent généralement en fin de prise en charge du torticolis du nourrisson.

Séverine Békier, psychomotricienne

Pourtant, un torticolis installé peut affecter les champs de la représentation visuelle ou spatiale du nourrisson. Les conséquences sur son développement ne sont pas négligeables : exploration visuelle perturbée avec négligence du champ visuel homolatéral au torticolis, développement de la préhension asymétrique avec une main non vue, non découverte et donc sous-utilisée. Ces troubles de la sensorimotricité s’accompagnent également d’une perturbation du développement dans l’espace du bébé.

Amener l’enfant à réinvestir son espace négligé

L’objectif du psychomotricien sera d’aider le nourrisson à intégrer les fonctions mentales et motrices sous l’effet de l’éducation et du développement du système nerveux central. Cela passe par une intervention active en s’appuyant sur les concepts de sensorimotricité de Piaget et de Bullinger et sur un principe de base : stimuler la fonction défaillante à partir de ce qui fonctionne. Ainsi, grâce à un travail dynamique autour de la mobilité et de la motricité par stimulation visuelle, auditive et tactile, le psychomotricien permet d’amener l’enfant à réinvestir son espace négligé et à utiliser ses deux mains en favorisant la coordination oculomanuelle et bimanuelle. Par exemple, il peut aider le jeune patient à intégrer un schéma moteur comme le passage du dos au ventre en favorisant, par stimulation sonore ou visuelle, la rotation du cou qui est l’une des étapes préliminaires au changement de position.

À noter que le nouveau-né prématuré est un cas particulier, car il présente une importante hypotonie axiale avec par conséquent des mouvements actifs très limités. Prévention et dépistage
précoce sont donc primordiaux. Il faut sensibiliser les parents au positionnement pour les rendre acteurs de la prise en charge et ainsi éviter de les culpabiliser. Il faut les encourager à alterner les positions en décubitus dorsal avec les positions latérales de leur enfant. Dans cette configuration, les épaules se trouvent en rotation interne. Les mains sont donc dans le champ visuel de l’enfant. La découverte tactile est ainsi favorisée, ce qui rend l’intégration corporelle dans l’espace et le développement moteur plus simple.

Chirurgie : le dernier recours

Troisième déformation en termes de fréquence, le torticolis se manifeste en France dans 0,3 à 1,9 % des naissances.

Guillaume Captier, professeur en chirurgie orthopédique plastique infantile au CHRU Montpellier

Un suivi précoce est fortement recommandé, car les signes associés et complications que peuvent engendrer un torticolis ne sont pas qu’esthétiques : troubles ORL, ophtalmologiques, orthopédiques, etc. Et si la moitié de ces déformations semblent se résoudre spontanément, l’autre moitié nécessite une prise en charge avec en première intention la kinésithérapie pour le torticolis congénital musculaire. Toutefois, une partie de ces torticolis (3 à 5 % des torticolis nécessitant une prise en charge) persistent. Face à l’échec des thérapies manuelles, la chirurgie prend alors le relais.

Quel est l’objectif de la chirurgie ?

Ses objectifs sont multiples : récupérer les amplitudes normales de mouvement de la tête, corriger l’asymétrie de la face et du cou et guider le développement psychomoteur de l’enfant. Ses indications sont très spécifiques : présence d’une pseudo-tumeur persistante, augmentation de la déformation, échec de la thérapie manuelle face à une fibrose du SCOM trop importante.

Cette fibrose apparaitrait, d’après de nombreuses hypothèses de physiopathologie, lors de l’accouchement. Le travail utérin entraînerait une augmentation de pression avec en conséquence un syndrome des loges qui provoquerait fibrose et hypertonie musculaire avec éventuellement une masse palpable objectivée par IRM ou échographie. (Ho BC, Lee EH, Singh K. Epidemiology, presentation and management of congenital muscular torticollis. Singapore Med J. 1999 Nov;40(11):675-9). Lorsque cette fibrose est trop persistante, la thérapie manuelle seule ne suffit plus et une ténotomie au niveau du SCOM devient nécessaire. Cependant, la chirurgie seule n’est pas adéquate non plus. Elle doit être accompagnée d’un port nocturne de minerve pendant 3 mois et de kinésithérapie journalière post opératoire avec traction cervicale (1/10e du poids pendant 4 à 5 jours) et renforcement musculaire symétrique du cou et du rachis.

Une autre technique, plus rare, existe : l’injection de toxine botulique au niveau du SCOM. Elle se fait sur des enfants à un stade plus avancé (marche déjà acquise) et qui ont conservé une latérocolie. Mais les séquelles de cette technique sont notables : asymétrie faciale et mandibulaire (dans 50 % des cas), subluxation atlanto-axoïdienne, et paralysie du muscle abaisseur de l’angle de la bouche.

La chirurgie reste une solution et la rééducation associée est lourde. C’est pourquoi, Guillaume Captier, insiste sur la prévention précoce par thérapie manuelle et la guidance parentale afin de l’éviter au maximum.

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