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Journées ostéopathiques de Paris, en bref

P1050979_webAccès abonnésOrganisées par l’école d’ostéopathie CEESO Paris, les Journées Ostéopathiques de Paris se sont déroulées à Paris les 15 & 16 juin 2018. Pour cette 1re édition, les organisateurs avaient choisi d’aborder le thème de la douleur chronique, considéré comme un problème de santé publique.

Plus d’un tiers des Français souffre de douleur chronique et plus de la moitié des personnes recevant un traitement rapportent n’être soulagées que modérément sur le long terme. La douleur chronique coûte 200 milliards d’euros en Europe.
Depuis quelques années, de nouveaux modèles d’explication de la douleur émergent, ou refont surface, et nous permettent des éclairages nouveaux, parfois révolutionnaires par rapport à ce qui est encore beaucoup pratiqué à l’heure actuelle. Quels sont ces modèles ?

P1050864_webLa première journée de conférence à laquelle nous avons assisté a débuté par l’intervention d’Agathe Wagner, responsable du département Recherche du CEESO Paris et présidente du comité d’organisation des JODP qui nous rappelle que « nos connaissances de la douleur sont de plus en plus grandes. On connaît de plus en plus de choses notamment que la nociception n’est qu’un élément parmi d’autres pour aboutir à la sensation de douleur. Pour déterminer une douleur comme étant faible ou élevée, le cerveau analyse et interprète les stimuli qu’il reçoit en fonction de notre vécu, de nos croyances, de nos attentes vis-à-vis de la douleur et du contexte notamment émotionnel. Ainsi, la douleur ressentie n’est pas proportionnelle à la nociception ressentie et les facteurs psychosociaux interviennent beaucoup dans la douleur ».
P1060020_webEt pour intégrer ces facteurs psychosociaux de la douleur dans une prise en charge ostéopathique, Jerry Draper-Rodi a présenté le modèle biopsychosocial. Ostéopathe diplômé en anatomie et recherche clinique, ce derniera réalisé un doctorat sur la prise en charge biopsychosociale des lombalgies fonctionnelles. Il a commencé son exposé par la présentation du cas d’un patient qui après une chute en skateboard et une entorse de la cheville souffrait de lombalgies irradiantes.Jerry Draper-Rodi évoque, au-delà de la symptomatologie clinique, les conséquences sociales de ces douleurs chroniques. Il décrit l’engrenage de la douleur chronique et pose la question suivante : « jusqu’à quand peut-on éthiquement proposer un même traitement à un patient qui n’est pas répondant à ce traitement ? »[groups_member group=”Abonné”] Il évoque par la suite les processus du changement et à travers la description de ce qu’est la douleur neuropathique, il apporte des éléments pour savoir comment réorienter sa prise en charge. Car « il faut adapter notre prise en charge au patient et non pas l’inverse » déclare-t-il.

P1060029_webLaurent Favre a parfaitement complété ces propos en déclarant « les effets non spécifiques du traitement sont plus importants que ses effets spécifiques ». L’ostéopathe spécialisé dans la prise en charge des douleurs aiguës et chroniques du système nerveux périphérique a décrit une prise en charge de la lombalgie en 3D en insistant sur l’urgence de rompre avec le système de causalité linéaire selon lequel une cause entraine un symptôme et donc pour traiter le symptôme il faut traiter la cause. Bien d’autres facteurs doivent être pris en compte pour parvenir à une véritable alliance thérapeutique avec le patient et ainsi sortir du codage prédictif de la douleur.

P1060001_webCar dans ces perspectives de prise en charge thérapeutique, il s’agit avant tout de rendre le patient autonome pour lui permettre de reprendre le contrôle de la situation. Une démarche illustrée par la présentation de Véronique Bertram, docteure en pharmacie et titulaire du DU en gérontologie, qui a voulu faire une mise à jour de nos connaissances sur la douleur de la personne âgée. Avant de rentrer dans le vif du sujet, la pharmacienne a tenu à préciser que « certaines personnes âgées ne disent pas avoir mal. Elles ne souffrent pas comme les jeunes et contrairement à ce que l’on pense, la perception de la douleur ne diminue pas avec l’âge ». Véronique Bertram a alors dressé un état des lieux de la prise en charge de la douleur chez les personnes âgées en France et présenté les données épidémiologiques qui révèlent notamment une grande disparité de situations. Ces études épidémiologiques révèlent des modifications neurophysiologiques liées à l’âge. Les différents types de douleur qui en résultent sont nombreux et nécessitent une évaluation et des approches thérapeutiques spécifiques.
« Il ne faut donc pas minorer la douleur des personnes âgées, car ces dernières le font d’elles-mêmes pensant que ce n’est pas important. L’absence de plainte n’est pas synonyme de l’absence de douleur, mais la douleur chez la personne âgée ne doit pas être une fatalité. Car si l’on ne traite pas cette douleur, la perte d’autonomie entraînera isolement, troubles du comportement, prostration et agitation aboutissant à la dépendance ». La lutte contre la douleur de la personne âgée est une priorité de santé publique et un enjeu éthique. « Il convient de développer les coopérations interprofessionnelles et promouvoir les thérapeutiques non médicamenteuses telles que l’ostéopathie », conclut Véronique Bertram.

P1050937_webMais avant d’aborder les aspects biopsychosociaux de prise en charge de la douleur chronique, il s’agit de bien connaître sa physiopathologie et ses spécificités et d’être au fait des découvertes scientifiques récentes portant sur la douleur chronique. C’est à Radhouane Dallel, professeur et directeur de l’unité de recherche Neuro-dol (INSERM/UCA U1107) et coordinateur du réseau INSERM de recherche sur la douleur, qu’a été confié ce rôle. Il nous rappelle qu’il existe trois types de douleurs chroniques : inflammatoires, neuropathiques et sans lésions organiques. Et qu’elle s’exprime selon quatre grands symptômes : douleurs spontanées, douleurs provoquées, sensations anormales et déficits sensoriels. Il est important d’identifier ces différents symptômes qui peuvent être isolés ou multiples. Un patient douloureux c’est plusieurs types de douleurs. Il faut déterminer si ces symptômes sont reliés ou indépendants pour mettre en place plusieurs traitements et une thérapeutique multimodale.
Le chercheur a alors présenté les mécanismes de la douleur chronique en détaillant les étapes de la mise en place de la sensibilisation. Il a exposé les orientations de thérapie médicamenteuse actuellement à l’étude pour lutter contre la douleur chronique et décrit le processus d’amplification de la douleur d’origine centrale appelé « windup ». « La composante émotionnelle est un amplificateur de la douleur. Elle est souvent négligée » déclare le directeur de recherche.

P1050878_webP1050955_webDes applications concrètes de prise en charge pour illustrer ces développements sur la douleur chronique ont également été présentées au cours de cette journée de conférences.
Gilbert Versier, professeur et chirurgien orthopédiste et traumatologue, et Isabelle Marin, pneumologue et cancérologue, ont respectivement présenté les conférences Douleurs de la hanche : coxopathie ou douleurs irradiées ? et La douleur globale en cancérologie.

P1060065_webEnfin, Benjamin Aymard, médecin généraliste formé à l’hypnose thérapeutique et aux thérapies brèves, s’est attaché à nous montrer comment modifier la relation à la douleur chronique. Il a rappelé les principes sur lesquels s’appuient l’hypnose et l’intérêt de la dissociation, processus utile pour se reconnecter à ses ressources et qui peut être exploité de manière thérapeutique. À l’issue de sa présentation, le médecin généraliste tient à souligner que « c’est la relation qui guérit, pas la technique. C’est vrai aussi de l’ostéopathie ».

Un reportage complet est à retrouver dans L’ostéopathe magazine #38 à paraître le 1er septembre. Votre attente douloureuse sera pleinement anesthésiée par le plaisir de découvrir un reportage qui présente un aspect fondamental de l’ostéopathie sous plusieurs facettes complémentaires. Témoignant plus encore qu’une prise en charge holistique doit plus que jamais dépasser le seul diagnostic tissulaire cher aux ostéopathes.
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