BRUNO-DUCOUX

Interview de Bruno Ducoux, ostéopathe DO

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Accès abonnés Bruno Ducoux exerce l’ostéopathie auprès des nouveau-nés depuis 1982. Cette pratique est devenue officielle en 2004. Il s’est notamment formé au contact de Lionnelle Issartel, auteur de L’ostéopathie exactement, et de Nicette Sergueff.[groups_member group=”Abonné”]

Jusqu’à quel point peut-on considérer comme spécifique la prise en charge OPP ?

Le principe de l’ostéopathie est la recherche de la santé. À la naissance, l’individu possède un capital santé qui diminue avec le temps. Pour certains nouveau-nés, ce capital est entamé dès la naissance. Ainsi, pour l’OPP, je ne parlerai pas de spécialité ; cependant, pour aborder cette prise en charge, l’ostéopathe doit développer des compétences spécifiques relatives à la naissance et à la petite enfance. Je préfère parler d’une approche de l’ostéopathie pédiatrique, comme il est nécessaire d’en avoir une dans la prise en charge des personnes âgées. D’ailleurs, dans les directives sur la pratique de l’ostéopathie publiées en novembre 2010 par l’OMS, le niveau de formation est positionné au master 2 et l’OPP doit faire l’objet d’un cursus de 400 heures dont 160 de pratique encadrée. Au-delà de cette définition technique et officielle, l’OPP est plus une démarche qu’un ensemble de techniques et de protocoles et l’ostéopathe doit engager une véritable réflexion sur cette pratique. Il est nécessaire d’acquérir des savoirs, des savoir-faire mais également des savoir être.

ducouxQuel est le cadre d’exercice de l’OPP ?

Je définis l’ostéopathie périnatale et pédiatrique comme une prise en charge qui débute depuis la grossesse jusqu’à la puberté. Dans la vie d’un individu, de nombreuses choses sont dépendantes de la première année d’existence. Notre évolution physique peut être comparée à la croissance d’un arbre : planté de travers, il ne poussera pas droit. Par ailleurs, le nouveau-né vient au monde avec une mémoire émotionnelle développée entre autres à travers son sens du toucher. La palpation devient alors un outil exceptionnel dans les premiers âges de la vie et permet un contact privilégié avec le nourrisson. Le toucher est comme une nourriture affective et représente un outil de résilience, pour reprendre le titre des Nourritures affectives, l’ouvrage de Boris Cyrulnik, neurologue, psychiatre, éthologue et psychanalyste français qui a développé le concept de résilience*.

Quels sont les enjeux de l’OPP en France ?

En France, il s’agit d’un véritable enjeu de santé publique. Comme il est démontré dans le Livre blanc de l’ostéopathie de Guy Roulier et Michel Fischer (1995, éditions FESO ), l’ostéopathie, dans sa prise en charge holistique et sa démarche étiologique, réduirait de 20 à 30 % les dépenses de santé. Particulièrement en pédiatrie où la prescription médicamenteuse est élevée. Néanmoins, en France, en raison de la prise en charge ostéopathique disparate des enfants, il serait nécessaire de mettre en place un référentiel et de développer la recherche sur le sujet.

Dans quel sens orienter la recherche ?

Dans nos cabinets, nous sommes conscients de l’efficacité de nos traitements. Il est indispensable de se soumettre aujourd’hui à l’EV B (evidence based medecine) et donc, pour l’ostéopathie, de définir des critères de recherche recevables pour ensuite développer plusieurs approches de recherche différentes. Car il est essentiel, dans un premier temps, de démontrer que la prise en charge ostéopathique des nouveau-nés et des enfants n’est pas nuisible. Ensuite, il faudra définir les bénéfices que tire le patient de l’ostéopathie et dans quels domaines (ORL, digestif, locomoteur, etc.). Et enfin, trouver des modèles d’organisation pour que les ostéopathes s’intègrent dans une équipe pédiatrique. Actuellement, une étude est en cours au CHU de Bordeaux dans le service de chirurgie cardiaque pédiatrique pour mesurer l’efficacité des séances d’ostéopathie en postopératoire.

Comment acquérir les bases pour pratiquer l’OPP ?

Il existe de nombreuses formations post-graduées. Mon souhait est de les rassembler autour d’un référentiel de formation à l’instar de celui du CDOP (collectif de développement de l’ostéopathie périnatale), notamment en se basant sur un programme de 400 heures.

Vous êtes directeur de la FROP. Comment définiriez-vous les activités de cette association ?frop

La FROP existe depuis 2009 et propose une formation sur 400 heures réparties sur deux années. Des enseignements théoriques sont proposés au cours de cette formation mais aussi une partie clinique encadrée à l’hôpital, dans des cliniques pédiatriques encadrées, au sein d’associations, de la PMI (protection maternelle infantile) et dans des missions humanitaires. Nous souhaitons aussi développer une approche humanitaire avec Médecins du monde. La FROP s’engage dans la recherche en ostéopathie,mais pas directement. Elle reverse ses crédits de recherche au FOREOS . Une promotion de trente ostéopathes est déjà sortie du FROP et une autre est en cours de formation. Notre développement se fait par bouche à oreille.

Pourquoi les ostéopathes décident-ils de suivre une formation aussi longue ?

Habituellement parce qu’ils se rendent compte qu’ils n’obtiennent pas de résultats. Et qu’ils ont conscience, par ailleurs, des enjeux de l’OPP. En effet, dans le suivi d’un enfant jusqu’à l’adolescence, les ostéopathes réalisent que les problèmes rencontrés à la naissance se retrouvent plus tard. L’objectif est d’agir à l’origine même des futurs problèmes de santé pour aider le corps à s’auto-guérir. Pour ceux ayant déjà suivi une formation en 120 heures, ils sont intéressés par l’aspect « compagnonnage » et réflexif de notre formation. Autre spécificité de notre enseignement, nous demandons aux participants de réaliser des études de cas dans leur cabinet, que nous corrigeons et évaluons. En plus des 160 heures de clinique, le diplôme n’est délivré qu’après la rédaction d’un mémoire de recherche.

* Résilience : phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l’événement traumatique pour ne plus vivre dans la dépression. La résilience serait rendue possible grâce à la réflexion, à la parole et à l’encadrement médical d’une thérapie, d’une analyse.

 

DVD_Ducoux

Ostéopathie pour les bébés, Dialogue à trois voies

Dans le cadre de sa formation continue pour les ostéopathes, la FROP a réalisé et édité ce DVD en 2009. Il rassemble un film, Ostéopathie pour les bébés, Dialogue à trois voies, avec Bruno Ducoux, et deux conférences. La première, « Sensorialité foetale » présente l’importance des perceptions sensorielles avant la naissance. Elle est animée par le professeur Jean-Pierre Relier, néonatalogiste. La seconde, « Sage-femme et ostéopathie », animée par Élisa Boilot, sage-femme et ostéopathe, met en avant la pertinence de l’ostéopathie autour de la naissance. Film de vingt minutes en français et en anglais, Ostéopathie pour les bébés, Dialogue à trois voies montre que la mémoire corporelle du bébé est loin d’être vierge à la naissance.

Bruno Ducoux, ostéopathe DO et directeur de la FROP

« De nombreuses expériences sensorielles ont déjà façonné ce petit être humain. L’odorat, le goût, le toucher, l’ouïe, l’équilibre, le ressenti du bébé ont enregistré de nombreuses informations pendant huit mois. Les informations corporelles de la naissance s’ajoutent aux informations génétiques, épigénétiques et sensorielles anténatales pour constituer un immense réservoir de mémoires corporelles. Ainsi, l’intervention de l’ostéopathe au sein de l’équipe qui accompagne le bébé et ses parents se présente comme un dialogue sensoriel à trois voies : le bébé, son environnement et l’ostéopathe. Chez le bébé, le toucher est un sens particulièrement développé par neuf mois de vie aquatique et au seuil de la vie aérienne. Dès lors, pour l’ostéopathe, il ne s’agit pas tant de « manipulations » mais d’un échange avec rétroactions. La consultation ostéopathique commence avec l’intention des parents de montrer leur bébé à un ostéopathe ; sa disponibilité, sa compétence professionnelle et sa juste attitude sont prépondérantes dans cet échange. L’ostéopathe cherche un contact manuel qui est plus une perception qu’une palpation ; c’est un point d’appui, un « fulcrum vibratoire » ouvrant le champ de communication et d’échanges avec le bébé et son environnement. Cette communication institue un parcours personnalisé rigoureux et non l’application mal digérée de recettes émanant de théories floues.

La santé, un « point neutre » autour duquel les tissus se réorganisent

Les notions d’axe dans les trois plans de l’espace, de symétrie du corps et des membres, de tensions, de pressions, de restrictions de mobilité vont guider les mouvements de l’ostéopathe à la recherche de la santé présente ; il ne s’agit pas de diagnostiquer des maladies, ce qui est le rôle du pédiatre. La santé se manifeste par un « point neutre » de calme, de tranquillité autour duquel les tissus vont se réorganiser ; c’est une approche informationnelle directe qui s’adresse au système nerveux du bébé. Ce système nerveux n’est pas encore mature à la naissance, il est donc essentiel de ne pas le solliciter au-delà de ses possibilités du moment. Les réactions émotionnelles du bébé et de son environnement sont partie intégrante du traitement ; mettre des mots sur les émotions permet d’éliminer de la mémoire corporelle du bébé un passé qui peut déjà être un fardeau et qui va se traduire souvent par des troubles digestifs et du sommeil. Les parents sont les premiers concernés par l’importance du toucher et la poursuite de la relation « peau à peau » avec leur bébé mise en place depuis la naissance. »

Prise en charge ostéopathique du nourrisson : les conseils de Bruno Ducoux
• Ne pas nuire. Un bébé réagit très vite, il ne faut pas insister. • Connaître ses limites, celles de l’ostéopathe. Il est nécessaire de faire attention lors de la première prise en charge d’un nourrisson car il y a beaucoup d’éléments en formation. Ce n’est pas un « petit homme ». Tout est souple, tout bouge. Le système viscéral est très dépendant de la circulation. Il ne faut donc pas le comprimer. • Un nourrisson peut vite se fatiguer ou au contraire être dans un moment favorable ; la durée des consultations dépend donc de ses capacités. • Tenir compte de l’environnement, entre autres des parents dans le traitement.
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