Rechercher
Fermer ce champ de recherche.

Edito #39 : Le réel approprié

Μεταξύ (metaxu ), vous connaissez ? Platon, le philosophe de l’antiquité, définit ce mot grec comme « intermédiaire » ou au « juste milieu » (1). Simone Weil, philosophe, humaniste, écrivaine et militante politique française, emploie une métaphore pour décrire le metaxu : « Deux prisonniers enfermés dans des cachots voisins qui communiquent par des coups frappés contre le mur. Le mur est ce qui les sépare mais aussi ce qui leur permet de communiquer. Toute séparation est un lien ». C’est ainsi que pour Simone Weil, le metaxu devient à la fois une frontière et l’équivalent d’un pont (2).

La finalité de la théorie des champs contractiles de Phillip Beach, ostéopathe et acupuncteur néozélandais, présentée en profondeur dans ce numéro, n’est pas de figer une représentation anatomique, mais plutôt de servir de fil conducteur à une lecture harmonieuse et équilibrée du corps humain. Cette théorie s’objective par des métaphores pour devenir un médium entre le thérapeute et le corps du patient. Une approche qu’éclaire Gilbert Simondon par sa vision du metaxu en rappelant le véritable sens de la technique : « être, pour l’homme, la médiation vraie à la nature, le metaxu entre l’homme et le monde » (3).

À travers sa palpation, Phillip Beach explore des lignes émergentes de l’anatomie humaine pour réharmoniser une forme corporelle globale cohérente avec nos origines à la fois embryologiques et ancestrales. Ces lignes sont des frontières anatomiques qui représentent sa définition du metaxu et sur lesquelles il surfe. Pour trouver une vague de l’instant qui porte la frontière au-delà. Car une frontière n’est pas une limite. C’est un questionnement vers plusieurs possibles. Parfois vers une ou plusieurs contradictions. Pour Simone Weil, « L es contradictions auxquelles l’esprit se heurte sont le critérium du réel et toute vérité est contradiction » (2).

Ainsi de nos représentations naissent nos réalités emplies de contradictions. Et alors que l’on cherche des aboutissements, des accomplissements, nous sommes en réalité en quête de frontières pour nous approprier le réel qui nous entoure. C’est ainsi que l’on fait de la recherche… une rencontre. Une rencontre avec nous-mêmes dans un réel approprié. Dans tous les sens du terme…

[su_spacer size= »20″]

RezaReza Redjem-Chibane
Rédacteur en chef

(1) Platon, Le Banquet, 202 e – 203 a.
(2) Simone Weil, La Pesanteur et la grâce.
(3) Gilbert Simondon, Sur la technique

Partager cet article

Ecrire un commentaire

Nous utilisons les cookies afin de fournir les services et fonctionnalités proposés sur notre site et afin d’améliorer l’expérience de nos utilisateurs.
Les cookies sont des données qui sont téléchargés ou stockés sur votre ordinateur ou sur tout autre appareil.
En cliquant sur ”J’accepte”, vous acceptez l’utilisation des cookies.