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Adolescence et ostéopathie une prise en charge croissante

Par Élise Bouyssou, ostéopathe et titulaire du DU de périnatalité (Paris VII), et
Reza Redjem-Chibane.

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Abonnés L’adolescence est un processus dynamique qui conduit l’enfant vers sa nouvelle identité. Elle perturbe
les systèmes et des déséquilibres s’installent. Comment aborder cette situation, prévenir certains troubles et proposer une prise en charge efficace ?

L’adolescence dans tous ses états était le thème du 10e Symposium international d’ostéopathie, organisé par la FSO (Fédération Suisse des Ostéopathes) les 22 et 23 novembre derniers à Lausanne. Médecins et ostéopathes ont abordé cette question devant environ 300 participants et Jean-Claude Wetzel, pédiatre, jouait le rôle de modérateur. Il a d’abord présenté le processus dynamique de l’adolescence
au cours duquel de très nombreux changements s’expriment sur un temps relativement court. L’évolution de ce processus est propre à chaque enfant selon sa poussée de croissance. Il entraîne une dysharmonie de fonctionnement qui perturbe les systèmes et place l’adolescent en situation de déséquilibre physique et psychique. Il faudra accompagner ce patient vers la recherche d’un nouvel équilibre.
Son individualisation et sa recherche d’autonomie nécessiteront également le détachement des parents et analogues. Jean-Claude Wetzel conseille un travail interdisciplinaire entre pédiatres, psychologues, diététiciens et ostéopathes. « L’ostéopathie est devenue indispensable dans mes conseils de traitements pour procéder au rééquilibrage des adolescents », précise ce dernier.

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L’ostéopathie : une alliée indispensable

Avant d’aborder les troubles alimentaires chez l’adolescent, Pierre-André Michaud, médecin, a déclaré : « il faut
faire de l’adolescence un âge d’opportunités et non pas une maladie ». Formé au Québec il y a 35 ans, il explique qu’à son retour en Suisse personne ne parlait de ce problème de santé. Aujourd’hui il se félicite de l’existence d’un service spécialisé, l’UMSA (Unité Multidisciplinaire
pour la Santé de l’Adolescent au sein du centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne) dont il est le responsable. Les troubles alimentaires sont multiples : anorexie, boulimie, hyperphagie, etc. Leur incidence varie selon les moments de l’adolescence et ils illustrent un blocage du processus d’individualisation de l’adolescent, un refus, une peur de passer à l’âge adulte. La puberté marque le début de l’adolescence. Elle initie le processus de changement du corps et les questionnements identitaires. Les troubles alimentaires représentent alors un blocage de ce processus d’individualisation. Dans le cas de l’anorexie de l’adolescente par exemple, le corps reprend son aspect
infantile par une régression des formes, en particulier la poitrine, et une disparition des règles. Pierre-André Michaud souligne également un paradoxe de notre époque. Alors que la puberté est de plus en plus précoce dans notre société, l’acquisition de l’indépendance
financière est de plus en plus tardive. Ce décalage est difficile à vivre pour l’adolescent. Enfin, il a présenté une étude sur la plasticité cérébrale et expliqué le phénomène de pruning, forme de sélection des circuits cérébraux par un épaississement de la myéline qui a
un effet accélérateur sur la transmission de l’information. Cette myélinisation se déroule de l’arrière vers l’avant du cerveau entraînant un certain retard dans le développement du cortex préfrontal. L’arrière du cerveau étant consacré aux sensations et l’avant au raisonnement, ce processus expliquerait l’impulsivité et l’agressivité plus importante observée chez les adolescents. Quant au développement osseux, le médecin rappelle que 40 % de la densité minérale est acquise à l’adolescence et qu’elle augmente jusqu’à 22 ans. Les troubles alimentaires sévères peuvent donc laisser des séquelles irréversibles sur les quelette de l’adolescent.

Troubles alimentaires : une tentative de contrôle du corps
[aesop_quote type=”pull” background=”#ffffff” text=”#000000″ width=”20%” align=”left” size=”1″ quote=” « sont-ils plus nombreux qu’autrefois ou seulement mieux diagnostiqués ? » ” parallax=”on” direction=”left”]

Jean-Claude Wetzel s’interroge sur l’épidémiologie des troubles alimentaires : « sont-ils plus nombreux qu’autrefois ou seulement mieux diagnostiqués ? » Il rappelle que les premiers tableaux cliniques de l’anorexie ont été décrits au 17e siècle. L’apparition de la boulimie serait en revanche plus récente. Ces troubles touchent très majoritairement les filles, mais l’incidence chez les garçons est en légère
progression ces dernières années. Jean-Claude Wetzel nous explique que ces patients souffrent en fait d’une perception
erronée de leur corps et d’une sensation de perte de contrôle à cause des changements qui s’y opèrent. Par la maîtrise de leur alimentation, ils tentent de reprendre le contrôle. Ils utilisent la nourriture et leur poids comme poin de focalisation. À tel point que certains avouent consacrer 95 % de leurs temps à y penser. Ces jeunes sont en très grande souffrance psychique. Ils peuvent développer des comportements
compensatoires comme une pratique intensive de l’exercice physique, le vomissement auto-induit, ou la prise à outrance de laxatif.
Le diagnostic de ces troubles est uniquement clinique et l’ostéopathe peut contribuer à leur dépistage. D’abord en investiguant l’histoire et le mode d’installation de ces troubles lors de l’anamnèse. Ensuite, lors de l’examen clinique,par l’analyse du poids et de la taille et le repérage des signes en faveur de cette étiologie : hypotension, bradycardie, acrocyanose, sécheresse cutanée, chute de cheveux. Dans le cas de la boulimie, les vomissements répétés entraîneront une hypertrophie des glandes salivaires et une altération de l’émail dentaire. Un amaigrissement de plus de 30 % du poids initial du patient est un critère d’hospitalisation.
Avec un dépistage précoce et une bonne prise en charge, Jean-Claude Wetzel rappelle que le pronostic à long terme est bon même si les critères pour définir une guérison sont variables. Presque toutes les conséquences sont réversibles et 70 % des patients retrouvent leur
poids normal. Les patientes retrouven quant à elles leurs cycles menstruels sans altération de leur fertilité. Mais dans les formes sévères, l’altération osseuse due au manque de calcium et de protéines pendant la phase d’accrétion osseuse est inévitable. De même pour l’émail dentaire.

L’importante plasticiténeuronale de l’adolescent
[aesop_quote type=”pull” background=”#ffffff” text=”#000000″ width=”20%” align=”left” size=”1″ quote=”« L’ostéopathie est devenue indispensable au rééquilibrage des adolescents ” parallax=”on” direction=”left”]

Professeur en neurobiologie, Pierre Magistretti, également directeur du Centre pour la neuroscience psychiatrique au
centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV de Lausanne), est revenu sur la plasticité neuronale qu’il définit comme l’ensemble des mécanismes par lesquels une expérience laisse une trace sur le
cerveau. D’abord observé au niveau de l’hippocampe et du noyau amygdalien, on sait désormais que la plasticité neuronale s’exprime à tous les niveaux du cerveau et plus particulièrement lors du développement. Trois phénomènes contribuent à la plasticité neuronale :

1. La densité des épines dendritiques. Elle varie en fonction de l’expérience et en cas de sollicitation importante on assiste à une prolifération des zones de contact de ces dendrites (Chang and Greenough, Brain Res. ; 1984 Desmond and Levy, J.Comp. Neurol. 1986 Moser etal., PNAS, 1994 Leggio et al., Behab.
Brain Res., 2005).

2. Le mécanisme de neurogénèse. Nous sommes capables de fournir en permanence de nouveaux neurones. Ce phénomène est très efficace au niveau de l’hippocampe.
3. Le rôle des astrocytes. Autrefois Considérés uniquement comme des cellules gliales, on sait désormais qu’ils participent à l’activité neuronale en libérant du glucose et du lactate, source énergétique.

La production de facteurs neurotrophiques par le cerveau, la richesse de l’expérience et l’exercice physique favorisent la plasticité neuronale contrairement au stress qui peut même entraîner une réduction de la taille de l’hippocampe (voir également notre reportage Dis-moi quel est ton stress, je te dirai comment le chasser publié dans L’ostéopathe magazine #18).

 
Contrairement aux idées reçues, rappelle le professeur Magistretti, nous utilisons en permanence la quasi-totalité des capacités de notre cerveau et son activité est élevée même au repos. Cette neuroplasticité est nécessaire pour se construire une réalité consciente et également des traces non conscientes.

image-format-960x430_slider-(Copie-en-conflit-de-Ostéomag-Two-2015-12-15)80 % des adolescents se portent bien

« 80 % des adolescents se portent bien »a voulu nous rappeler Catherine Rod  de Verchère, ostéopathe. Les difficultés
qui surviennent lors de l’adolescence sont dues à une perte de communication. Les jeunes se réfugient souvent derrière des écrans et éprouvent des difficultés pour s’exprimer dans la réalité, notamment pour demander de l’aide quand cela est nécessaire. Il doit s’établir un maillage de soignants pour leur transmettre une image bienveillante et pédagogique. Mais quelle est la place de l’ostéopathe dans ce réseau ?
Tout d’abord en réorientant les adolescents souffrant de pathologies graves vers le professionnel de soin compétent.
Ensuite, en identifiant les diverses dysfonctions ostéopathiques liées aux problèmes de l’adolescence. Catherine Rod de Verchère insiste particulièrement sur le travail crânien car la face commence à grandir à l’adolescence et les parties souples du crâne facilitant l’accouchement seront consacrées à la protection. Ainsi ce qui n’était qu’une simple gêne pourra devenir une réelle perte de mobilité. Les chocs physiques associés au mode de vie des adolescents (sport, scooter, etc.) complexifient le problème. L’ostéopathe a illustré son exposé par des exemples. Notamment le cas d’un impact sur la base du crâne qui pourrait entraîner une tension sur
le canal de l’hypoglosse et ainsi être impliqué dans un tableau clinique de bégaiement.

La scoliose de l’adolescent

La problématique de l’accompagnement ostéopathique de la puberté a été reprise par René Zweedjig, ostéopathe néerlandais.scoliose « L’ostéopathie doit rester de l’ostéopathie et ne pas devenir une médecine manuelle » a-t-il tenu à préciser avant d’aborder la théorie des systèmes, particulièrement vraie dans le cas de l’adolescent. « Les changements sur les différents systèmes du corps de l’adolescent
entraînent l’émergence de quelque chose de global », a déclaré ce dernier en insistant sur l’abord endocrinien de l’adolescent en rappelant que, de par sa position, l’hypophyse, grand horloger des mécanismes endocriniens, était lié aux contraintes qui pouvaient s’exercer
sur la face (choc, traitements orthodontiques). Enfin, André Joseph Kaelin, chirurgien orthopédiste, a fait un passionnant un tour d’horizon de la scoliose idiopathique, complété par l’intervention d’Éric Prat, ostéopathe, qui propose une nouvelle approche de cette problématique par le biais du lien mécanique ostéopathique. Le lendemain, quatre workshops étaient organisés sur la prise en charge ostéopathique de l’adolescent. Éric Part a présenté une nouvelle approche de la scoliose selon le lien mécanique ostéopathique. René Zweedijk et Cécile Tenot abordaient respectivement la puberté et les dysfonctions urogynécologiques. Et Catherine Rod de Verchère les incidences ostéopathiques du crâne sur le cerveau.

Grandissez-vous !

Ce symposium doit inciter tout ostéopathe à considérer ses patients adolescents dans cette situation de déséquilibre
indispensable pour aborder une transformation tant physique que psychique. Alors que c’est à cet âge qu’ils en ont le plus besoin, la patientèle des adolescents reste peu développée dans les cabinets d’ostéopathie (voir la pyramide des âges des patientsconsultant en ostéopathie de l’enquête MOST : Motifs de consultations en OSTéopathie présentée dans notre reportage L’ostéopathe : un antalgique
de première intention ? publié dans L’ostéopathe magazine numéro 15). Un vrai travail d’information doit être fait par chacun pour présenter les intérêts d’une prise en charge, tant dans le dépistage de certains troubles quedans un suivi spécifique qui prendrait
en charge toutes les composantes de cette phase de transition. En accompagnant cette démarche d’une réelle transdisciplinarité, tout le monde en ressortirait grandi…

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