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Crise sanitaire : les thérapeutes manuels dans un entre-deux

Durant le mois d’avril, en plein coeur de la période de confinement, la rédaction de Prisme, espace de convergences a proposé à ses lecteurs de prendre la parole sur la crise sanitaire exceptionnelle que nous vivons et sur les conséquences dans leurs pratiques quotidiennes. Découvrez les résultats !

Le lundi 11 mai 2020, après une période exceptionnelle de confinement de deux mois, la France a entamé son déconfinement progressif. Alors que la vie reprend petit à petit son cours, Prisme, espace de convergence revient sur les résultats de son enquête auprès des thérapeutes manuels sur la pratique thérapeutique en période de crise.

Avec plus de 530 réponses, cette enquête a eu pour but de proposer un aperçu de la manière dont cette crise sanitaire a été vécue par les thérapeutes et les conséquences de celle-ci dans leur pratique à court, moyen et long termes.

Des professions mises à l’arrêt forcé

À l’instar d’autres professions du secteur de la santé, les thérapeutes manuels ont été dans leur grande majorité appelés par leur Ordre ou structures représentatives à fermer leur cabinet et à cesser leur activité dès le début du confinement, sauf en cas d’urgence vitale pour le patient. Ces préconisations et certaines prises de positions de certains syndicats, avaient beaucoup fait parler au sein des professions, comme nous l’avions montré dans notre article du 16 mars.

Notre enquête a montré que plus de 87 % des répondants ont, dans un esprit de responsabilité, suivi les recommandations et décidé de cesser leur activité de manière temporaire, quand près de 13 % ont déclaré avoir continué à exercer, notamment à temps partiel.

Au-delà des chiffres, ces réponses cachent une autre réalité. En effet, plusieurs cas de figures existent. Bien que certains répondants aient choisis de continuer leur activité, le plus souvent à temps partiels et/ou réduit en n’acceptant que des urgences, certains répondants ayant arrêté leur activité ont quant à eux fait le choix de reprendre eux aussi de façon partielle avant l’annonce de la fin du confinement.  Généralement cette reprise s’effectuait après un mois d’arrêt de l’activité.

Le choix de continuer à pratiquer même partiellement a donc amené les thérapeutes à adapter leurs méthodes de travail. En effet, quand certains ont décidé de pratiquer à domicile ou dans leur cabinet en appliquant des mesures d’hygiènes drastiques,  certains praticiens ont quant à eux eu recours à la téléconsultation. Mais tous ont déclaré que, quelle que soit la manière de travailler choisie, leur choix de consultations se sont portés sur des patientèles dont les consultations étaient urgentes. Pour la plupart, ils  n’ont pas accepté de consultations non-nécessaires.

Un sentiment d’utilité mitigé

Notre enquête a cherché à savoir dans quelle mesure les thérapeutes manuels ont pu se sentir utiles ou non durant cette crise. Ainsi, à la question “Vous êtes vous sentis utiles en tant que thérapeute ? Avez-vous fait pu aider comme vous le souhaitiez ?”, seuls 19 % des répondants se sont sentis utiles en cette période, 3 % partiellement utiles et 79 % considèrent qu’ils n’ont pas pu mettre à profit leur compétences comme ils l’auraient souhaité.

Nous avons donc cherché à savoir pourquoi et comment ces sentiments pouvaient exister. Et les réponses sont multiples. Chez les personnes ne s’étant pas senties utiles, quand certains répondants auraient souhaité “Continuer [leur] activité tout simplement” ou en traitant les urgences, tout en appliquant les gestes barrières. En effet, certains répondant auraient aimé que leur pratique soit considérée comme partie prenante de la Santé et non plus être vu comme le parent pauvre venant en complément d’autres soins. Comme ce répondant qui déclare à la question Auriez-vous aimé pouvoir agir ? Si oui, comment? “Oui, à travers une implication dans la santé en général. Ne plus voir l’ostéopathie comme une thérapie “d’urgence du dos” mais comme une vision de la médecine, de la santé et l’apport dans cette crise aurait pu être important pour notre place.”

…Et une envie de solidarité par la pratique thérapeutique ?

D’autres auraient aimé pouvoir venir en appui aux soignants dans les hôpitaux, que ce soit en leur proposant des soins thérapeutiques afin d’atténuer les effets du stress et du surmenage dus à la période, soit en les aidant dans des tâches autres afin d’améliorer leur quotidien ou encore en faisant partie de la réserve sanitaire mise en place. 

Chez les praticiens s’étant sentis utiles ou partiellement utiles, ce sentiment est notamment dû au fait qu’ils ont pour certains pu effectuer des téléconsultations avec leurs patients, leur permettant ainsi de pouvoir garder des contacts réguliers avec ces derniers.

Ainsi, cette mise à l’arrêt forcée par cause de confinement a pu amener certains praticiens à se questionner quant à leur place dans le système médical. Alors même que les thérapies manuelles se définissent comme partie prenante dans l’accompagnement médical des patients, cette épidémie peut interroge donc de la place réelle des thérapies manuelles dans le système de santé et leur utilité en temps de crise.

Un accompagnement des pouvoirs publics et des assurances en deçà des attentes ?

Comme dit l’adage, “à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle”? Alors que dans leur grande majorité, les pouvoirs publics de la plupart des pays ont été pris de court, tant dans les mesures à prendre pour endiguer l’épidémie que des mesures d’accompagnement des entreprises, des mesures ont toutefois, comme nous l’avions montré, des mesures ont été prises en France pour accompagner les Très Petites Entreprises (TPE), Petites et Moyennes Entreprises (PME), professions libérales et indépendants.

  • Un soutien des pouvoir publics adéquequat ?

Quand près de 66 % de nos répondant ont déclarés pouvoir bénéficier complètement ou partiellement des aides des pouvoirs publics, 34 % déclarent ne pas pouvoir en bénéficier, car ne rentrant pas dans les conditions requises d’attribution des aides. 

Malgré cela, la grande majorité des répondants de notre enquête ont tenté de proposer des pistes dans l’accompagnement public à effectuer auprès des professionnels des thérapies manuels.

D’un point de vue des aides financières, certains considèrent que les aides vont dans le bons sens mais restent insuffisantes pour payer les charges actuelles avec zéro revenu. Ainsi certains praticiens souhaitent une augmentation desdites aides et/ou une suppression pure et simple desdites charges (Impôts, cotisations, etc.) afin de compenser ce manque de revenus dû à l’arrêt de leur activité.

D’un point de vue sanitaire, d’autres répondants demandent un meilleur accès aux protections nécessaires (masques, gels hydroalcooliques, gants, surblouses, etc.), afin de pouvoir reprendre le travail dans des conditions sanitaires respectant les préconisations émises par les Agences Régionales de Santé (ARS) et les pouvoir publics.

Enfin, certains répondants admettent que tout ne peut être demandé à l’Etat et que d’autres acteurs ont aussi leur part de responsabilité. Ils citent les assurances notamment. Certains répondants, demandent à ce que les pouvoirs publics fassent pression sur ces dernières pour qu’elles leur fournissent une aide minimum.

  • Des assurances en ordre dispersées ?

Cette dernière demande s’inscrit dans une mouvance plus grande et multisectorielle de critique des assurances. Ces dernières ont été “accusées” par beaucoup de TPE, PME, indépendants et profession libérales de tous les secteurs de ne pas “prendre leur part” et de ne pas jouer leur rôle auprès de leurs sociétaires dans cette crise de COVID-19. En effet, malgré plusieurs rappels à l’ordre émis par des représentants des pouvoirs publics (Président de la République, Ministres, élus locaux, etc.), la position de la Fédération française de l’Assurance est d’indemniser “ceux qui sont touchés par un sinistre, grâce aux primes de ceux qui ne sont pas concernés. Dans le cas d’une pandémie qui frappe tout le monde, ça ne marche pas”, comme le rappellent nos confrères de France Culture dans cet article.

Dans le cadre de notre enquête, à la question “Considérez-vous que votre assurance est assez présente pour vous aider ?”, 94 % de nos répondants ont répondu non, quand seulement 6 % semble être satisfait de l’accompagnement de leur assureur.

Et les critiques et attentes sont une nouvelle fois multiples. Une des critiques majeures se trouve être dans le fait que les professionnels cotisent à des assurances devant couvrir les risques et dégâts physiques et matériels, et ces mêmes assurances déclarent ne pouvoir rien faire car la situation actuelle ne rentre pas dans les termes des contrats.

Ainsi, beaucoup des répondants considèrent que les assurances se doivent de réagir à hauteur de la gravité de la pandémie à travers des aides d’ordres financiers. Ces aides pourraient être de plusieurs natures : aide au paiement de certaines charges, allègement des cotisations, indemnisation par une reconnaissance de la pandémie comme catastrophe naturelle, etc.

Certains répondants, par déception, incompréhension et/ou fatalisme, déclarent ne rien attendre des assurances, qui selon eux, ne font pas preuve de bonne volonté en ces temps de crise.

COVID-19 : vers un changement des pratiques thérapeutiques dans le futur ?

Nous avons souhaité savoir comment les professionnels voient le futur de leur profession à court, moyen et long termes. Ainsi, 80 % des répondants pensent que l’épidémie aura des conséquences au moins à court et moyen termes, 2,5 % se questionnent encore sur l’impact du COVID sur leur pratique, quand 16,4 % des répondants semblent considérer que l’épidémie n’aura pas d’impact à moyen et long termes, et que la situation reviendra plus ou moins à la normal lorsque l’épidémie passera et/ou qu’un traitement sera trouvé.

Mais les conséquences envisagées par les répondants peuvent être de plusieurs ordres : financier, règles d’hygiènes, ou encore de considérations des métiers de la santé.

D’un point de vue financier, quand certains pensent que cela va entraîner une hausse des charges à court et moyen termes, c’est surtout la baisse d’activité et donc la baisse de revenus que les praticiens voient comme conséquences financières principales. Cette baisse d’activité et donc revenus amènera-t-elle fermer les cabinets comme certains le redoutent?

En ce qui concerne les règles d’hygiènes, une majorité des répondants a abordé ce point et pense que l’épidémie que nous vivons va impacter au moins à moyen terme la façon d’aborder la consultation avec le patient. Bien que tous nous aient signifiés que des règles d’hygiènes étaient déjà en vigueur au sein de leur cabinet – désinfection des tables, lavement des mains pré et post manipulation, etc.-, la grande majorité des répondants s’accordent sur le fait qu’il faudra faire respecter des règles encore plus strictes pour le praticien mais aussi pour le patient. Ainsi, l’utilisation de masque, le lavement des mains, la désinfection systématique des tables devront être de rigueur pendant une durée indéterminée.

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